Bonne nouvelle : dans deux jours Jack aura cinquante-quatre ans et ce sera peut être un simple jour de merde comme un autre. Pas pire. Ça me changera.
Je communique pas là-dessus, car c'est un jour horrible, une balise noire sur le sentier du délabrement, de la vieillesse, de la mort, kiéwa ga chi disent les tibétains : naissance vieillesse et mort résument le destin commun des egos égaux.
Dézégozégos c'est joli phonétiquement.
Joyeux anniversaire qui m'éloigne chaque jour de mes désirs les plus prégnants, la solitude n'étant que la mesure du précipice qui sépare l'ado schizé que je suis resté du vieillard que je deviens ; promesse d'encore plus de solitude, d'indifférence, prothèse d'une sagesse mythique dépouillée des atours que lui donnent les professionnels du maquillage spirituel, intéressés qu'ils sont de plaire à la cour de leurs clients rongés d'angoisse et d'ignorance.
Gurdjieff parlait de merdité en laissant entendre qu'il savait comment en sortir. Merdité nous sommes, merditude nous devenons, ego ou pas ego, la sagesse c'est juste lâcher prise et se laisser couler dans l'océan de merde de ce monde sublunaire en attendant la suite. En priant qu'il y ait un sens.
Après tout, des gens très intelligents nous ont toujours expliqué qu'il y a un sens caché à toute cette vacuité, à cette poubellitude de vie ; ils sont d'ailleurs intelligents pour cette raison qu'ils donnent du sens, quand on y pense.
Mais quel sens ? Le sens de la vie est unique et va de la naissance à la mort et de la mort à la renaissance dans cette purgation infinie que le Bouddha appelle samsâra, que j'appelle cercle vicieux. Tambour de machine à laver où l'on cherche en vain une prise, un ancrage, alors que le temps passe. Tout passe et la mort vient.
Jack n'a pas la sérénité béate des témoins de Jéhovah qui tordent le texte des prophètes pour en faire un binaire rassurant : soit on obtient l'éternelle béatitude, soit on disparaît dans le rien. Ça m'arrangerait bien pourtant, si il suffisait de pécher pour que tout s'arrête. Ce serait l'idéal. Je n'en ai rien à foutre de la béatitude, du bonheur, de la joie, tout ça avec MAJUSCULES s'il vous plaît. Non, disparaître, arrêter ce théâtre d'ombres, cette comédie humaine triste et pitoyable.
Je me surprends à me parler à moi-même. Cette formule ressassée me fais me demander si c'est un signe de sénilité ou un moyen de ne pas devenir fou. Un truc de vieux gars solitaire que je suis en train de devenir. Fou peut-être, sage sans doute pas, vieux je ne sais pas.