ANTI-MEMOIRES D'UN BULOT
Le bulot est un antipathique escargot de mer, réputé pour être coprophage.
En d'autres termes, c'est un mange-merde.
Fossoyeur des fonds pélagiques, sa coquille vaguement hélicoïdale est un blindage protégeant un corps mou. Enfin, caoutchouteux.
C'est, à mon goût, le fruit de mer le plus dégueulasse qu'on puisse imaginer. En général il se mange avec une bonne mayo, c'est donc un poison potentiel, un piège à infarctus. Je dis ça à l'intention d'aucun qui souhaiterait faire un régime à base de gastéropode.
Il a aussi la réputation d'être plus con qu'un poisson rouge, qui, rappelons-le, possède une étonnante mémoire de deux à quatre secondes. Autant dire que la maladie d'Alzeimer, à supposer qu'il y soit exposé, ne le handicape pas tant qu'on pourrait le craindre.
A son actif, on peut lui reconnaître cependant de nombreuses qualités : il n'a pas inventé la poudre, ni la dynamite, ni la bombe à neutrons. Son bilan carbone est tout à fait neutre. En plus il nettoie notre merde.
C'est un écolo de la première heure.
Sa fabuleuse faculté d'oubli le met à l'abri de l'heur, et de l'heure.
Si nous y pensons, tout le malheur des hommes vient non pas qu'ils ne sachent rester tranquilles dans une chambre, mais bien plutôt qu'ils sont infoutus d'oublier.
D'où leur incapacité à vivre l'instant présent.
Et le ressassement continu des douleurs et soucis qu'ils ont endurés.
Pour les bouddhistes, on remarquera que son statut de nécrophage-coprophage le met à l'abri des conséquences karmiques fâcheuses de la prédation.
Ces bestioles se préparent donc des renaissances très favorables.
D'où votre serviteur.