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Anti-mémoires d'un bulot Chapitre 1

Pur littéraire je suis, j'ai toujours été.

Les psys professionnels du recrutement ont divisé l'humanité en deux catégories : les littéraires et le matheux.

D'un côté, il y a les classes littéraires, quatre-vingt-dix-huit pour cent de filles ; de l'autre, les scientifiques, même proportion de garçons.

Doublement handicapé donc dans mes études, parce que réviser les examens avec des filles, ça se terminait immanquablement au pieu.

Adepte de la philosophie du ici-et-maintenant, j'ai toujours préféré faire l'amour ici et maintenant que réviser pour un diplôme plus tard. Ça a plombé des capacités réelles pour une carrière tranquille d'enseignant, notamment une adresse particulière au lancer de craies. Un vrai potentiel gâché.

Ajoutez à cela une forte attirance pour le cannabis sous ses diverses formes et les boîtes de jazz, vous obtenez la recette de l'échec assuré, intégral.

Pas que le shit ou l'herbe empêche de travailler, quoi que, mais ils appartiennent à une sphère socio-économique totalement déconnectée de l'Université. Enfin appartenaient. Je ne sais ce qu'il en est de nos jours. Et m'en fiche.

Constatons au passage que dans les temps antédiluviens de ma jeunesse, nous étions trois à nous cacher pour nous droguer, alors que hier encore, j'ai croisé plusieurs jeunes, seuls ou en groupe, arborant de monstrueux et odorants tarpés.

Perso, ça me dérange un peu, mais moins que ces autres groupes qui portent, eux, des bouteilles de vodka.

Ô tempora Ô mores. Signe de l'âge.

Il me revient, à ce propos, avoir éclaté de rire en entendant un ex-premier ministre, M Raffarin en l'occurrence, déclarer avoir découvert, horrifié, que ces longues feuilles, dites « slim », disponibles dans tous les tabacs, servaient à rouler des joints.

J'ai constaté que maintenant, aux feuilles sont adjoints les cartons pré-découpés pour les filtres.

Un jour, il découvrira aussi les blunts.

J'aime bien M Raffarin, Girondin pur jus, modéré en tout, une incarnation du bon sens à la française. Ne manquant pas d'humour et de ce qu'il faut d'auto-dérision pour faire un politique supportable.

Cinq années de sarkozysme me l'ont fait regretter, à vous aussi, je pense.

Pur littéraire donc, j'ai deux regrets. Enfin, majeurs. La liste intégrale de mes ratages prendrait plus de pages que je n'en saurais écrire. Et vous en lire.

Ces regrets sont de l'ordre du langage.

Je me trouve une bonne excuse à être resté totalement nul en Alle­mand: mes tentatives d'apprentissage en cette matière se sont toujours résumées à des par­ties de jambes-en-l'air, quoi que j'y fasse (et je n'étais pas toujours coupable-responsable, tant s'en faut, mais je jette vraiment la pierre à personne). En fait de langue vivante, à part le français, l'anglais et le cunnilingus, je suis une buse, autant le dire.

De récentes rencontres m'ont donné une forte appétence pour l'espagnole et la russe, mais c'est comme l'allemande et l'arabe: ça finit toujours au pieu, en sucette, en langage corporel.

My doom.

Toujours pareil: on croit que les échanges culturels permettent de partager des cultures, mais c'est de cul dont il s'agite - lapsus claviae compris.

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