Etudiant en hypokhâgne à Victor Duruy, tournez la tête à droite, c'est le musée Rodin, au bout de l'avenue, la coupole des Invalides, à gauche, la Pagode, le cinoche mythique, rue de Babylone, en face, l'église Saint-François-Xavier, l'avenue de Breteuil. Bon quartier.
Je dois aux Rolling Stones de m'être fait virer de la pension de famille où ma chambre donnait sur le jardin du Luxembourg.
Je leur dois aussi un seize (Scarlet je t'interdis de rigoler!) pour un exposé sur le blues que j'ai conclu en faisant hurler Street Fighting Man dans ce très classieux lycée.
Le bâton de maréchal qui m'a fait pousser mon chant du cygne universitaire.
Privilégié avec les professeures d'Anglais j'étais et reste, s'pas Scarly ? C'est ta maman qui m'a appris le verbe «to mate ». C'était pas au programme, me demande pas comment c'est venu.
Bien entendu, j'avais tapé « verge » au lieu de « verbe ». On se refait pas l'inconscient.
C'est à Caroline, surnommée « Salopette », on était en pleine période Coluche, que je dois mon éviction de cette autre pension, rue d'Assas. Encore une séance de révision qui tourne en quenouille.
Je ne sais comment la matonne a su qu'il y avait une fille dans ma chambre, il n'y avait pas de caméras, la vidéo, c'était pour la NASA, à l'époque... Toujours est il, je me suis retrouvé dans une chambre de bonne au sixième sans ascenseur à deux pas de la très sélecte Ecole Alsacienne, rue Notre-Dame-des-Champs. Ce qui m'a fait faire pas mal de sport, individuel et collectif.
Caro habitait chez ses parents, diplomates, un appartement de standing au quatorzième étage d'une tour d'un bon quartier. De grands balcons inutilisables à cause des vents convectifs, du force 5 permanent, un cent mètres carrés meublé avec raffinements et décoré de magnifiques améthystes rapportées d'un poste à Madagasar. Nous avons passé de délicieuses heures à nous chercher, du flirt appuyé à l'ancienne, style maman va rentrer d'un moment à l'autre.
A la première occasion, elle m'a précipité dans la débauche la plus éhontée, ses seins étaient côniques et délicieux; me laissant nu comme un ver, maculé du sang de ses règles toutes fraîches dans une chambre illuminée comme un aéroport, au fond d'un puit de deux mille fenêtres. Les draps semblaient avoir servi de support à un harar-kiri. Du gore grand style. Elle hurlait de rire dans la salle de bains verrouillée...
En philo, Descartes et Kant m'en ont fait baver. Passez un trimestre sur quatre pages de la deuxième introduction à la Critique de la Raison Pure, vous m'en direz des nouvelles.
J'ai tenté d'accéder à quelque chose qui serait de l'ordre de la pensée. Pas au sens de Descartes qui, en fait, en est l'antithèse, dans la mesure où dès le départ, il définit une axiomatique qui lui permettra de retomber sur ses pattes et d'échapper au bûcher (à son époque, on rigolait pas, Spinoza en sait quelque chose et d'autres rôtis aussi...). Ça lui a permis de fumer la beuze hollandaise, ce qu'il appelait « le doute ». Je le comprends, ça devient rapidement fumeux.
Je l'aime bien pour ça, c'est notre point commun.
Retomber sur mes pattes, en effet, je n'y suis jamais parvenu, il est vrai que je suis plus lacanidé que félin pour l'Autre. Les chattes le flairent, je vous assure...
Né en 58, année du Chien chinois, savez-vous que la mâchoire du sharpei est une fois et demi plus puissante que celle du pitbull, sous ses plis grotesques?
Lacan, là haut sur son nuage se fend la gueule.
Regret Numéro Un, une totale incompétence en mathématiques.
Un bis, la même en musique
Rien d'étonnant, il existe paraît-il des liens profonds entre ces disciplines. Etant une buse dans l'une et l'autre, je fais confiance aux experts.
Pourtant, ce ne sont pas les coups de pieds au cul, infligés de l'extérieur pour l'une, de l'intérieur, si je puis dire, pour l'autre qui m'ont manqué.
Pour les maths, j'ai un problème de lecture. Ça imprime pas. Je ne comprends pas dans quel sens ça se regarde. Filez moi le papier à l'envers, je vais essayer de le lire.
De plus, je suis incapable de mémoriser un théorème. Comme il ne signifie rien pour moi, je ne sais jamais de quel côté du signe « égale » placer les éléments. Pareil pour les ratios. Le seul que je maîtrise, c'est la règle de trois. J'ai eu l'occasion de constater que du CAP d'électricien au Directeur de Division d'une usine automobile, c'est aussi le seul dont on se serve.
A se demander la raison d'être des intégrales et autres facétieuses transformées de Fourier qui occupent les matheux supérieurs.
Ce qui ne m'a pas empêché de faire une carrière assez honorable, à mes yeux, dans la technique pure et dure, voire d'expliquer des principes de physique auxquels je ne comprenais rigoureusement pas grand-chose à des ingénieurs bac plus huit.
Un littéraire sait lire, y compris les modes d'emploi.
Un autre corollaire sur lequel je me suis escrimé, c'est l'informatique. Sans résultat, sauf du burn-oout à passer des nuits à essayer de faire tourner des programmes.
Ça me permet au moins de comprendre comment ça marche, à mon niveau d'utilisateur de Fesse-bouc. Et de configurer correctement un pc.
Pour le reste je n'ai jamais compris pourquoi, en recopiant lettre à lettre des programmes qui tournaient, je n'obtenais que des plantages. J'en ai conclu que ce n'était pas pour moi. Ma compétence limitée en dactylographie me handicapant de surcroit.
Me renvoyant dans les cordes de mon profil désespérément littéraire.
Pourtant, si une chose me vexe au plus haut point, c'est de ne pas comprendre ce qui est écrit.
C'est ainsi que j'ai appris à lire l'arabe et le tibétain. En trois mois pour chaque.
L'arabe, c'est simple : c'est de la sténo. Tel qu'on l'entend, on l'écrit ; tel qu'on le lit, on le prononce.
Le tibétain, c'est l'opposé : il y a au moins douze façons d'écrire un son. Et beaucoup plus pour l'interpréter.
C'est un langue de la politesse, comme l'Allemand : le verbe étant à la fin et le sens exprimé de la fin au début de proposition, on n'interrompt pas son interlocuteur en pleine déclaration.
Pour la compréhension, c'est une autre paire de manches.
Disons que j'aime déchiffrer. Tout sauf les chiffres. C'est d'ailleurs un sens du mot « déchiffrer », comme « dévisser » est l'inverse de « visser ».
Le hasard faisant drôlement les choses, je me suis retrouvé faire mon bref Service Militaire dans la cryptographie. Ça ne s'invente pas.
A cette époque, j'étais très branché tarots divinatoires, Wirth, Papus, la symbolique égyptienne et tout le toutim. L'emblème de ma Compagnie militaire était... un sphinx.
Je me suis sincèrement acharné à lire la musique. En vain. Au mieux, je suis à même de déchiffrer une demi-page de partition en une semaine. La mettre en place à la guitare prend six mois, car je suis aussi ambidextre : maladroit des deux mains. Et disrythmique pour faire le compte. Ou le perdre au bout de dix mesures.
Je me suis donc fait délice de massacrer Bach et Dowland, Sor et consorts, au grand dam du Dédé Roussin, mon maître et mentor, qu'il repose en paix. Avec moi, il a gagné un paradis auquel il ne croyait pas.
Pour tout vous dire, je suis capable de planter un blues en douze. Il est vrai que je n'ai que dix doigts, comme tout bulot qui se respecte.
Littéraire, autodidacte et intrépide, j'aime me lancer des défis.
Du genre devenir éducateur sportif tout en détestant le sport, l'esprit de compétition, ne dépassant jamais le niveau « médiocre » en sport scolaire. Onze au bac en nageant comme un poisson, à l'époque. Pour compenser le lancer de poids sur les pieds, le saut sous l'élastique et les quatorze secondes au cent mètres. Avec ça, j'étais premier de ma série. Parce qu'un athlète de mes amis, un vrai athlète, m'avait prèté ses pointes. Qui m'ont propulsé comme un avion sur vingt mètres, les quatre-vingts suivants ont été un petit calvaire. Courir avec des pointes, ça ne s'improvise pas, ça fait très mal aux cuisses.
Sans lui, je serais peut-être encore sur la cendrée.
Et je ne vous parle pas de gymnastique, le terme consternant est trop faible. Beaucoup trop faible. La seule figure au sol que j'aie jamais réalisée, devant mon prof hilare, fut un mix de roulade de judo et d'atterrissage de parachutiste. Hilarité qui se transforma en panique le jour où je renouvelai la même figure au cent-dix mètres haies. Me voyant interdire du coup l'accès à la piste.
Toute ma vie j'ai couru. Comme ça, pour le plaisir. Forrest Gump. Enfin pour je ne sais pas trop quoi. J'avais pris le pli. Ce qui ne m'empèche pas de m'évaluer autour de douze jours et sept heures pour un marathon, que je n'aurais d'ailleurs jamais ni la volonté ni la motivation de courir.
Bulot et tortue, mais tenace.
Toujours est-il que, à peine capable de sortir au trapèze, je me suis retrouvé en stage à l'Ecole Nationale de Voile, lieu mythique, à l'époque. Ce qui m'a valu d'apprendre à naviguer décemment, moyennant quelques points de sutures au cuir chevelu et des morpions. Ceux-ci en navigant, ceux-là dans d'autres activités. Le toubib de l'Ecole me connaissait bien, à force et je le faisais rigoler. Et réciproquement. Je le revois, penché sur mon pubis avec sa loupe et me disant doctement : »c'en sont ». Il se doutait bien qu'il allait mater une chatte prochainement. Quant au cuir chevelu, six points de suture sans anesthésie. On est dans la marine ou on n'y est pas.
J'ai donc à cette époque découvert le Spray-Pax. Le rasoir ça a été plus tard, dans les périodes de frotti-frotta intensif.
J'abrège. J'y reviendrai si vous êtes sages. Oupa.